L’Afrique est le continent le plus jeune du monde et une part importante de ses habitants a déjà envisagé de partir à l’étranger. Mais cette réalité démographique ne signifie ni que tous les jeunes Africains souhaitent rejoindre l’Europe, ni qu’une entrée irrégulière constitue automatiquement une infraction pénale. Niveau de confiance : faible, car les tendances générales sont recoupées, tandis que les intentions individuelles et les flux clandestins restent difficiles à mesurer.
La population africaine est jeune. Selon les données démographiques reprises dans le dossier, environ 41 % des habitants du continent ont moins de 15 ans. La Commission économique pour l’Afrique indique que 70 % de la population d’Afrique subsaharienne a moins de 30 ans.
Ce chiffre décrit une structure d’âge, pas un comportement collectif. Il ne permet pas de conclure que cette population formerait un groupe homogène, animé par le même projet migratoire. Les écarts entre pays, régions, niveaux d’éducation, situations économiques et régimes politiques sont considérables.
La jeunesse peut constituer un atout économique si les pays concernés parviennent à développer l’éducation, la santé, les infrastructures et l’emploi. Elle peut aussi accroître les tensions sociales lorsque l’arrivée de nouvelles générations sur le marché du travail n’est pas accompagnée par une création suffisante d’emplois.
Envisager l’émigration ne signifie pas partir
L’enquête Afrobarometer menée dans 24 pays en 2024 indique que 47 % des personnes interrogées ont envisagé, au moins dans une certaine mesure, de vivre dans un autre pays. Dans l’édition élargie portant sur 38 pays et publiée en 2026, cette proportion est de 45 %.
Une personne qui déclare avoir réfléchi à l’émigration n’a pas nécessairement préparé un départ, réuni les ressources nécessaires ou choisi une destination. L’intention mesure une disposition déclarée, pas un flux réel.
Les destinations envisagées montrent que l’Europe ne constitue pas l’unique horizon. Dans l’enquête de 2024, 29 % des personnes ayant envisagé de partir citent l’Europe, tandis que 31 % citent l’Amérique du Nord et 22 % une destination située en Afrique. Les motivations sont principalement économiques : 49 % évoquent de meilleures possibilités d’emploi et 29 % la volonté d’échapper à la pauvreté ou aux difficultés économiques.
Le dossier de la Commission économique pour l’Afrique indique qu’environ 85 % des migrations africaines se déroulent à l’intérieur du continent. Les mobilités régionales, saisonnières ou professionnelles sont plus nombreuses que les départs vers l’Europe.
Les contrôles déplacent les routes, mais ne mesurent pas les intentions
Les données du Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique indiquent une baisse des interceptions de migrants africains sur certaines routes extérieures en 2024. Le rapport évoque environ 146 000 interceptions en Europe et dans les pays du Golfe, contre 282 000 en 2023.
Une interception ne correspond toutefois ni à l’ensemble des tentatives, ni au nombre total de migrants, ni au nombre de personnes souhaitant partir. Elle dépend du niveau de surveillance, des accords conclus avec les pays de transit, des itinéraires empruntés et de la capacité des autorités à détecter les passages.
Le même rapport décrit une diversification des routes migratoires. Lorsque les contrôles se renforcent sur un itinéraire, les déplacements peuvent se reporter vers d’autres passages. Ce mécanisme rend plus difficile toute conclusion simple fondée uniquement sur les chiffres d’interception.
Les traversées irrégulières sont aussi associées à des risques. Le Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique estime que 4 465 migrants sont morts ou portés disparus en 2024 sur les routes étudiées, dont une large part lors de tentatives de traversée maritime vers l’Europe.
Entrer ou séjourner irrégulièrement n’est pas automatiquement être délinquant
Le droit distingue le statut administratif d’une personne et sa responsabilité pénale. Une entrée ou un séjour irrégulier peut entraîner une procédure de refus d’entrée, de retour, d’éloignement ou d’expulsion selon le lieu, le moment et les circonstances. Cela ne signifie pas automatiquement que la personne a été condamnée pour un crime ou un délit de droit commun.
À Ceuta et Melilla, le droit espagnol prévoit un régime particulier pour les personnes détectées alors qu’elles tentent de franchir les dispositifs frontaliers. Ce régime doit néanmoins respecter les règles internationales relatives aux droits humains et à la protection internationale. La jurisprudence européenne et espagnole distingue ce mécanisme frontalier des procédures applicables après une entrée déjà réalisée.
Certains actes associés au franchissement d’une frontière, comme la falsification de documents, la violence ou l’organisation lucrative du passage, peuvent relever du droit pénal selon les circonstances.
Le trafic illicite de migrants désigne généralement l’organisation ou la facilitation lucrative d’une entrée irrégulière. Il ne se confond pas avec la situation de la personne transportée. L’ONUDC rappelle que les infractions visent principalement les passeurs et les facilitateurs, tandis que le Protocole international protège les migrants concernés contre leur assimilation automatique aux trafiquants.
Les mineurs et les demandeurs de protection relèvent de règles spécifiques
La situation des mineurs non accompagnés ne peut pas être traitée comme celle des adultes. Leur prise en charge dépend de l’intérêt supérieur de l’enfant, de l’évaluation de leur âge, de leur vulnérabilité et des possibilités de protection ou de regroupement familial.
Une personne qui demande une protection internationale doit pouvoir faire examiner sa demande. Le fait d’être entrée irrégulièrement ne suffit pas à déterminer l’issue de cette demande. Il faut examiner les risques individuels, la situation dans le pays d’origine et les garanties procédurales applicables.
Cela ne crée pas un droit automatique au séjour définitif. L’éloignement ne peut pas être décidé en ignorant les procédures prévues par le droit de l’asile et le principe de non-refoulement.
Ce que l’on peut raisonnablement conclure
Les données montrent trois faits distincts : l’Afrique possède une structure démographique très jeune ; une proportion importante de personnes interrogées a envisagé l’émigration ; les migrations africaines sont majoritairement intracontinentales.
Elles ne permettent pas d’en déduire que la jeunesse africaine formerait une masse destinée à rejoindre l’Europe, ni que toute personne entrant irrégulièrement serait un délinquant. Ces conclusions confondraient une projection démographique, une intention déclarée, un comportement migratoire et une qualification pénale.
Il faut distinguer les formes de migration : mobilité régionale, migration de travail, exil, demande d’asile, entrée irrégulière, trafic de migrants et délinquance de droit commun. Sans cette distinction, les chiffres décrivent moins la réalité qu’un amalgame.
Sources
- Tendances migratoires à surveiller en Afrique en 2025
- Dividende démographique et migrations en Afrique : défis et options
- Incrimination du trafic illicite de migrants et des actes connexes
- La ilegalidad del rechazo en frontera y de las devoluciones “en caliente”
- He entrado en Ceuta de forma irregular: qué me voy a encontrar y cuáles son mis opciones legales reales
- Immigration et délinquance : réalités et perceptions
- International Migrants Day: Almost half of Africans have considered emigrating, Afrobarometer survey shows – Afrobarometer